Alors que la COP26 débute dans quelques jours et que la France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne, Agir pour le climat, en collaboration avec une dizaine d’expertes et d’experts, publie « FINANCING A DEEP RENOVATION WAVE: recovery and beyond », mode d’emploi à destination des Etats Membres pour lancer le gigantesque chantier de la rénovation énergétique des bâtiments.

L’Union européenne compte au total 260 millions d’unités de construction, qui représentent 40% de notre consommation énergétique et 36% de nos émissions de gaz à effet de serre. Le bâtiment est un enjeu central de la transition écologique. Pour aligner notre parc immobilier sur nos objectifs climatiques (réduction de 55% de nos émissions de GES en 2030 et atteinte de la neutralité carbone en 2050), les besoins de financement sont estimés à 300 milliards d’euros par an dans la rénovation énergétique (BPIE).

Aujourd’hui, 1% du parc européen est rénové chaque année. En France, pourtant pays le plus engagé dans ce domaine avec l’Allemagne, seuls 50 000 logements font l’objet d’une rénovation permettant d’atteindre le niveau BBC (bâtiment basse consommation) chaque année, là où la Stratégie Nationale Bas-Carbone fixe à 370 000 l’objectif de rénovations complètes par an entre 2022 et 2029, puis à 700 000 par an entre 2030 et 2050. Au rythme actuel, il faudrait 3 siècles et demi à la France pour atteindre ses objectifs de rénovation énergétique dans le résidentiel…


LES MULTIPLES BENEFICES

Ecraser la demande énergétique du parc immobilier européen est indispensable pour tenir nos objectifs climatiques. Mais ce formidable chantier présente de nombreux autres bénéfices, qui motiveraient qu’on l’engage quand bien même notre avenir sur cette planète ne serait pas en jeu : réduction des inégalités, lutte contre la précarité énergétique, préservation du pouvoir d’achat face à l’augmentation des prix de l’énergie, stimulation de l’activité économique, en premier celle des PME et TPE, création d’emplois non délocalisables, réduction des dépenses de santé, recettes fiscales supplémentaires pour l’Etat…


LES SOLUTIONS

Comment faire face à cet immense défi et trouver les moyens de le financer ? Voici quelques éléments de réponses développés par les expert.e.s dans le carnet « FINANCING A DEEP RENOVATION WAVE: recovery and beyond » :


  • les plans de relance sont une occasion unique d’investissement dans la rénovation énergétique des parcs immobiliers nationaux et la mise en place d’un écosystème technique et financier (one-stop-shops ou Integrated Home Renovation Services) pour accompagner les propriétaires ;
  • l’argent public est aujourd’hui gaspillé, les aides servant essentiellement à réaliser des gestes uniques inefficaces ou des travaux de maintenance. Aucun denier public ne devrait être employé à autre chose qu’au soutien aux rénovations complètes ;    
  • la Vague de rénovations proposée par la Commission est une initiative bienvenue, mais ses objectifs demeurent très insuffisants. La rénovation du parc immobilier européen dans le budget carbone qui nous est imparti réclame la mise en place d’un modèle industriel ;
  • un prêt européen à la rénovation, garanti par la composante « prêts » sous-utilisée du plan Next GenerationEU, permettrait aux propriétaires de bénéficier d’un taux très faible sans mensualités (remboursement unique à maturité du prêt – 30 ans – ou lors de la mutation du bien) ;  
  • garanti sur le bien, le prêt à la rénovation par (re)chargement hypothécaire présenterait les même avantages qu’un prêt immobilier (taux bas et durée longue), voire supérieurs puisque les banques qui le proposeraient bénéficieraient de coûts de refinancement inférieurs en raison de la forte demande d’actifs verts sur les marchés ;
  • les TLTROs de la BCE pourraient bénéficier aux banques qui proposent des prêts à la rénovation énergétique pour que leurs clients disposent de conditions de financement encore plus favorables ;
  • ces solutions de financement devront être complétées par le maintien de subventions aux ménages les plus modestes. 

Merci à l’ensemble des auteurs qui ont contribué à la rédaction de cette note : Adrian Joyce (Renovate Europe), Stéphane Quefelec (AEE), Yamina Saheb (GIEC), Bettina Dorendorf (KfW), Peter Sweatman (Climate Strategy), Philippe Ramos (expert ESG), Uuriintuya Batsaikhan, Stanislas Jourdan et Adua Dalla Costa (PMEU).

Merci à l’Ademe pour son soutien.

Retrouvez l’intégralité du travail de nos expertes et experts dans le carnet “FINANCING A DEEP RENOVATION WAVE – Recovery and beyond”

WEB CONFERENCE « INVESTIR DANS LA RENOVATION PROFONDE POUR RELANCER L’ECONOMIE : MODE D’EMPLOI POUR LES ETATS MEMBRES »

La note « FINANCING A DEEP RENOVATION WAVE: recovery and beyond » fait suite à la web conférence « Investir dans la rénovation profonde pour relancer l’économie : mode d’emploi pour les États membres » organisée le 8 avril 2021, en partenariat avec l’ADEME.

Deux panels de spécialistes (GIEC, ADEME, KfW, Agence européenne de l’environnement…) s’attaquent au chantier du financement de la rénovation énergétique des bâtiments en Europe.