Dans quelques jours auront lieu les élections municipales. Toutes les analyses, que vous retrouverez dans cet article, convergent pour dire que si l’État trace un cadre clair pour la transition énergétique, c’est principalement au niveau des collectivités locales qu’elle doit être mise en œuvre. La bonne maille territoriale ne fait pas l’unanimité, entre département, communauté de communes ou commune mais ce n’est pas une question fondamentale et la réalité du terrain et des projets déjà lancés arbitrera cette question et la réponse ne sera pas uniforme sur le territoire national. Quelle que soit cette réponse, l’échelon communal aura une responsabilité prépondérante, ce qui souligne l’importance de ces élections municipales. Toutes les récentes enquêtes d’opinion montrent à quel point les populations sont sensibles à la transition écologique, que l’expression en soit directe ou que la thématique soit incluse dans d’autres thématiques telles que sécurité, santé, inondations, qualité de l’air, sécheresses, canicules ou nuisances sonores… L’environnement est devenu une composante systémique des préoccupations des citoyens. Ces enquêtes montrent également que nos compatriotes attendent des élus locaux beaucoup de réponses à ces questions. L’État, après plus de 2 ans de tergiversations, vient enfin de publier la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). Il avait déjà publié le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC). La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), actuellement en consultation, devrait également être promulguée tout prochainement. Ces documents sont, certes, perfectibles mais ils ont le mérite d’exister et pourront être revus lors du moment de revoyure prévu après les élections présidentielles et législatives de 2027. À nous, citoyens, collectivités et entreprises de mettre en œuvre ces outils stratégiques.
Depuis plusieurs mois, la lettre d’information d’Agir pour le climat met en évidence quelques-unes des opérations ou programmes menés par des collectivités territoriales de toutes tailles et nous continuerons à le faire après les élections. Les grands enseignements sont d’abord que la première considération des élus est la retombée fiscale et économique pour leur territoire, les emplois créés localement, les mises en valeur de ressources notamment agricoles ou foncières et, plus récemment, la consommation d’électricité à des tarifs bonifiés grâce à l’autoconsommation, dite collective. D’autres retours d’expériences remontent avec des partages de la valeur entre développeur et populations riveraines ou collectivités locales qui permettent la rénovation thermique de bâtiments publics ou de logements sociaux, la création de fonds dédiés à la protection de la biodiversité, la re-plantation et l’entretien des haies ou d’achat de véhicules électriques collectifs alimentés par une production locale. Une récente étude du Cabinet Colombus Consulting pour le compte du Syndicat de Énergies Renouvelables (SER) évalue les retombées fiscales en 2024 à 2,17 milliards d’€ pour les collectivités locales qui ont accueilli des installations d’énergies renouvelables, principalement le bloc communal.
Les investissements locaux dans la transition écologique sont donc rentables pour les collectivités et l’économie locale, mais ils restent des investissements. Même si la situation budgétaire des collectivités est bien meilleure que celle de l’État, mobiliser les crédits nécessaires est parfois difficile. Outre le recours à l’emprunt, il existe pourtant une voie qui ne résout pas tous les problèmes mais qui apporte une part notable de la solution : réduire les investissements dits “bruns” c’est-à-dire ceux qui contribuent à augmenter les impacts sur l’environnement, par exemple à la construction de routes, de bâtiments artificialisant les sols ou à l’acquisition d’équipements fonctionnant aux combustibles ou carburants fossiles. Comme pour l’État, réussir la transition écologique pour les collectivités, c’est passer en revue les investissements passés et à venir et choisir ce que l’on ne financera plus.
Du point de vue du changement climatique, c’est gagnant-gagnant, nous réduisons les investissements engendrant des émissions de GES et nous augmentons ceux qui les diminuent. Cerise sur le gâteau, la France réduit ses importations de fossiles, en moyenne 60 milliards d’€/an et les territoires bénéficient de retombées économiques et sociales. Un élu responsable ne peut prétendre aujourd’hui ignorer cette réalité et les municipales sont les élections où les candidats et, ensuite, les élus sont les plus proches du citoyen. À l’approche de ces élections, n’hésitons pas à interpeller nos candidats sur leurs intentions à l’égard de la lutte contre le changement climatique et de l’inévitable stratégie d’adaptation.
