Grâce aux entreprises mécènes, à l’ADEME, mais surtout grâce à vous, lecteurs/donateurs particuliers, qui nous soutenez depuis si longtemps et de manière croissante chaque année, Agir pour le climat (APLC) a pu assurer son fonctionnement. Vous nous avez permis de continuer notre travail de plaidoyer auprès du réseau bancaire et des pouvoirs publics sur l’amélioration du financement de la rénovation énergétique des logements avec de vrais succès, malheureusement soumis aux stop and go du gouvernement.
Merci, chers donateurs, de continuer à soutenir APLC pour lui permettre d’influencer la politique nationale actuelle en coordination avec l’ensemble du secteur associatif de l’environnement et des entreprises engagées dans la transition écologique qui nous soutiennent.
Sur le plan général, l’année 2025 s’est terminée sur un bilan très mitigé : irruption du trumpisme impérialiste et climatosceptique à la tête de la première puissance mondiale, COP 30 sans aucune perspective, remise en cause de la lutte contre le changement climatique en Europe et en France, mais plafonnement des émissions de CO2 dans les deux pays les plus peuplés de la planète, la Chine et l’Inde, grâce au développement dynamique des énergies renouvelables et à l’électrification des usages de l’énergie. Les pays émergents nous montrent l’exemple ! En France, ce sont les collectivités locales qui donnent une leçon aux politiques nationaux comme nous le démontrons chaque mois dans notre lettre d’information. Les élections municipales des 15 et 22 mars constitueront un enjeu majeur. Il nous faudra choisir des équipes qui porteront des programmes ambitieux en matière de rénovation thermique des bâtiments publics, de développement des énergies renouvelables dans nos communes et de soutien aux particuliers dans leur démarche d’économie d’énergie.
Alors que de nombreuses collectivités prennent déjà à bras-le-corps la question de la transition écologique, les responsables politiques nationaux arrêtent les systèmes d’aides financières, comme MaPrimeRénov’, dès qu’ils donnent de bons résultats. Mais restons confiants, la raison reviendra à nos dirigeants politiques et le travail accompli par notre association, qui a prouvé son efficacité, portera ses fruits dans les prochains mois si les orientations de la Stratégie Nationale Bas Carbone n° 3, actuellement en consultation, sont appliquées par le gouvernement.
Justement, regardons d’un peu plus près le projet de SNBC n° 3, sur des aspects généraux d’abord, puis sur le thème de compétence d’APLC, la rénovation énergétique des logements. Que contient-elle ?
1/ Des objectifs climatiques, dont la neutralité carbone à l’horizon 2050 et la réduction de l’empreinte carbone de la France, en intégrant les émissions importées. C’est une nouveauté qu’il faut saluer : les émissions importées sont du même ordre de grandeur que les émissions territoriales.
2/ Un scénario central pour y parvenir, qui traduit les politiques et hypothèses retenues en trajectoires sectorielles d’émissions et de consommation d’énergie.
3/ Des budgets carbone par période de 5 ans déterminant des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre.
4/ Des orientations de politiques publiques destinées à guider l’action collective.
C’est sur les 2e et 4e éléments que ce projet est éminemment critiquable. Une stratégie de décarbonation de l’économie française doit reposer sur quelques axes forts comme le renforcement des puits de carbone naturels, la diminution de la place des énergies fossiles dans notre mix en s’appuyant sur le triptyque sobriété, efficacité et énergies renouvelables, notamment en électrifiant les usages de l’énergie dans la mobilité (véhicules électriques), le bâtiment (rénovation énergétique s’appuyant sur une enveloppe performante et sur les EnR ou les pompes à chaleur) et finalement dans l’industrie.
Le constat est fait qu’il faut enrayer la dégradation des puits de carbone naturels, forêts et sols agricoles, mais comment et avec quels moyens ? Comme dans l’ensemble du document, le texte regorge d’“accompagner”, “mobiliser”, “soutenir” sans que soient écrits les mots “fiscalité”, “réglementation” ou “subvention”. On ne peut évidemment qu’être d’accord avec des recommandations aussi floues. Il en est de même sur les objectifs concernant l’énergie.
Pour le secteur du bâtiment, qu’APLC connaît bien, l’objectif exprimé est de rénover 700 000 logements par an en moyenne, pour permettre au moins 2 sauts de classe DPE entre 2025 et 2030. Parmi ces rénovations, 250 000 sont des rénovations d’ampleur qui sont elles-mêmes définies comme permettant au moins 2 sauts de classe. Et comment y parvenir ? En diminuant le budget de MaPrimeRénov’ comme le propose le projet de budget 2026 du gouvernement ? En s’appuyant sur les objectifs renforcés du système des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) dont chacun reconnaît l’inefficacité et dont on attend toujours l’évaluation ? En manipulant le DPE comme vient de le faire le gouvernement pour permettre à plus de 700 000 logements de sortir du statut de passoires énergétiques ? En maintenant des accises au moins deux fois plus importantes sur l’électricité, que l’on veut promouvoir, que sur les énergies fossiles, dont on veut sortir ?
Il est temps de s’appuyer sur des documents stratégiques qui définissent réellement une ligne avec des objectifs précis et des moyens. Sortons de la politique incohérente et bricolée que nous connaissons depuis des années.
