À la veille des élections municipales, Nicolas Goldberg, Senior Manager au cabinet d’analyse Colombus Consulting, revient sur les bénéfices du développement des énergies renouvelables pour les communes. Décryptage en trois points.

Nicolas Goldberg, pouvez-vous nous présenter Colombus Consulting et, particulièrement, son implication dans la transition énergétique ? Quel type d’analyse réalisez-vous ?

Colombus Consulting est un cabinet de conseil français spécialisé dans la transformation responsable des organisations, devenu société à mission en 2021. Notre raison d’être et nos engagements inscrivent les enjeux sociaux et environnementaux au cœur de son activité, avec un pilotage et des rapports de mission publiés.

Colombus Consulting réalise la moitié de son chiffre d’affaires dans le domaine de la transition énergétique. Nos missions et notre livrable publics ont pour vocation d’alimenter de façon factuelle le débat public. Nous avons, par exemple, beaucoup contribué aux travaux de réforme des marchés de l’énergie, à la prospective via nos travaux avec la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur la flexibilité ou encore à l’évaluation des gisements technico-économiques des certificats d’économie d’énergie (CEE) avec l’Union française de l’électricité (UFE).

Le cabinet publie aussi des analyses sur des thèmes structurants (solaire, réseaux de chaleur, hydrogène) et propose des formats pédagogiques, comme un outil de visualisation pour comparer des scénarios de neutralité carbone à l’horizon 2050. En combinant expertise, données et pédagogie, Colombus Consulting aide entreprises et acteurs publics à décider sur des bases objectivées, tout en alignant ses propres pratiques avec son statut de société à mission.

Vous avez publié le 19 février une étude réalisée avec le Syndicat des énergies renouvelables (SER) sur les retombées fiscales et sociales du déploiement des énergies renouvelables dans les territoires. Pouvez-vous nous en souligner les grands enseignements ?

Dans la transition énergétique, l’apport des énergies renouvelables pour le climat est bien documenté. En revanche, leurs bénéfices pour les territoires restent souvent méconnus, alors qu’un projet mobilisant une infrastructure doit se concevoir comme un projet de territoire.

Nous avons évalué douze filières renouvelables, pas seulement électriques : hydraulique, éolien, solaire, aérothermie, biogaz, bois… Au total, nous estimons que les filières EnR représentées par le SER ont généré en 2024 près de 2,2 milliards d’euros de retombées fiscales pour les collectivités, dont 77 % pour le bloc communal (communes et EPCI).

Ces ressources ont plusieurs atouts : elles sont récurrentes, offrant une visibilité pluriannuelle et finançant durablement les services publics ; elles sont indépendantes des dynamiques démographiques et majoritairement localisées en milieu rural, contribuant à la vitalité des territoires ; enfin, elles bénéficient le plus souvent aux territoires d’implantation, rendant tangibles les effets économiques des décisions locales.

Pour certaines collectivités, notamment les plus petites, ces retombées peuvent peser significativement. Pour l’éolien terrestre, elles peuvent atteindre jusqu’à 23 % des recettes fiscales d’une petite commune rurale. Pour illustrer leur répartition, nous avons développé avec le SER un outil de visualisation donnant accès, par filière et à l’échelle départementale, aux résultats détaillés.

La gouvernance des communes et communautés de communes sera fortement impactée par les prochaines élections municipales. Les résultats très stimulants de cette étude vont-ils être un encouragement pour les collectivités locales à s’engager plus encore dans la transition énergétique, elles qui sont déjà beaucoup plus volontaristes que la classe politique nationale ?

Ces résultats peuvent constituer un signal incitatif pour certaines collectivités, car ils mettent en lumière un co-bénéfice tangible des projets : la capacité à contribuer au financement des services publics, en plus des objectifs énergétiques et climatiques. Pour autant, l’étude ne “préjuge” pas des choix issus des municipales : l’engagement dépendra aussi d’autres paramètres (acceptabilité locale, planification, raccordement, cadre réglementaire, partage de la valeur, contraintes foncières). Elle fournit, en revanche, une base chiffrée pour alimenter des décisions locales plus éclairées, quelle que soit la majorité.

Nous espérons en tout cas qu’elle permettra aux élus souhaitant s’engager dans des projets d’avoir un ordre de grandeur des cobénéfices et de ce que ces infrastructures peuvent leur apporter. Avec la fin d’un grand nombre de taxes locales, comme la taxe d’habitation par exemple, un grand mouvement de déterritorialisation de la fiscalité s’est amorcé, coupant ainsi les administrés des cobénéfices de l’activité économique. Les énergies renouvelables, comme les projets de réindustrialisation sont une opportunité pour celles et ceux qui souhaitent cette reconnexion des administrés avec les bénéfices des projets qu’ils accueillent.