Saint-Lô, commune de 19 500 habitants, est située dans le département de la Manche en région Normandie. Elle est la deuxième plus grande ville du département après Cherbourg-en-Cotentin. Pour optimiser son mix énergétique et réduire ses émissions de gaz à effet de serre, Saint-Lô Agglo élabore, en 2024, un Schéma Directeur des Énergies.

Le Schéma Directeur des Énergies de Saint-Lô Agglo

Le but de ce schéma est de repenser la production et la consommation d’énergie sur son territoire.

En janvier 2025, l’agglomération obtient le niveau 3 du label Climat-Air-Énergie (CAE), attribué dans le cadre du programme Territoire Engagé Transition Écologique porté par l’ADEME. Ce label évalue et valorise les collectivités territoriales qui s’investissent dans une transition écologique active et structurée. Il passe en revue les forces et faiblesses des politiques publiques locales en matière de climat, d’air et d’énergie, tout en mesurant les performances dans des domaines variés : planification territoriale, gestion du patrimoine, approvisionnement énergétique, mobilité durable, organisation interne, coopération et communication.

Cette distinction, valable pour une durée de quatre ans, sous réserve d’un suivi annuel rigoureux, récompense les efforts et l’ambition des collectivités dans la mise en œuvre d’une politique environnementale exemplaire.

Un an auparavant, les représentants de l’agglomération avaient présenté leur Schéma Directeur des Énergies et le scénario retenu. Ce document définissait les scénarios de réduction de la consommation énergétique dans différents secteurs d’ici 2040, avec l’ambition de diminuer de 50 % la consommation d’énergie du territoire en passant de 2 000 GWh à 1 000 GWh. Réductions prévues par secteur : résidentiel (-55 %), tertiaire (-60 %), mobilité (-39 %), industrie (-40 %), agriculture (-26 %). Le scénario retenu permettait d’atteindre 99,78 % de l’objectif.

Il exposait la situation des différents secteurs en 2019 et les défis à relever. Avec un parc vieillissant et des logements vacants freinant la rénovation énergétique, le secteur résidentiel représentait 30 % de la consommation énergétique. Le secteur tertiaire, 15 % de la consommation, nécessitait la rénovation du petit tertiaire comme les écoles et les crèches. Pour réduire la consommation dans les transports – 36 % de la consommation – le scénario proposait d’améliorer le réseau de transport public et de développer l’usage des véhicules électriques. Quant à l’industrie, dont la part représentait 15 % de la consommation, elle devait optimiser ses usages de l’énergie et permettre la récupération de chaleur produite par ses activités.

Enfin pour couvrir 100 % de sa consommation en 2040, le schéma prévoyait de développer les énergies renouvelables avec le bois-énergie (241 GWh), la méthanisation (188 GWh), l’éolien (131 GWh) et le solaire (115 GWh).

Un réseau de chaleur urbain alimenté à 91 % par des énergies renouvelables et de récupération

Concernant le bois-énergie, un projet du réseau de chaleur urbain pour la ville de Saint-Lô était décidé. Il s’accompagnait de plusieurs engagements : gestion durable des haies, augmentation du linéaire bocager, structuration de la filière bois-énergie, accompagnement des projets, implication des agriculteurs.

L’explosion de la facture de gaz du Centre Hospitalier de la ville de Saint-Lô, menaçant directement la continuité des soins a, sans doute, accéléré les décisions. En mai 2024, la municipalité lançait un appel d’offres visant à déployer un réseau de chaleur alimenté par une chaufferie biomasse dans la ville. En novembre 2025, l’opérateur était désigné.

“Saint-Lô devait relever un défi majeur : décarboner son système de chauffage urbain tout en protégeant ses habitants et infrastructures de la volatilité des prix. La réponse ? Un réseau de chaleur alimenté à 91 % par les énergies renouvelables et de récupération (EnR&R), dont 78 % de bois issu du bocage local et 13 % de pompe à chaleur”, explique l’un des responsables d’IDEX, l’entreprise retenue.

Ce réseau de chaleur est conçu pour desservir une centaine de bâtiments identifiés sur la commune. Le projet représente un investissement total de 45,5 M€ dans les infrastructures de la ville de Saint-Lô. Le financement participatif, à hauteur de 250 000 €, est également une opportunité de sensibiliser les habitants à la transition écologique. Les travaux ont débuté ce printemps pour une mise en service fin 2027.

Le patrimoine bocager sera transformé en ressource énergétique. 23 500 tonnes de bois par an, dans un rayon de moins de 100 km, en grande majorité issu de l’entretien des haies bocagères favorables, alimenteront plus de 16 km de réseau, qui se composera de plus de 60 sous-stations : hôpital (60 000 m2), 850 logements sociaux, écoles, équipements publics. Dans un contexte de forte volatilité du prix des énergies fossiles, le réseau de chaleur offrira aux abonnés une facture énergétique compétitive et stable. Le prix moyen de la chaleur sera établi à un tarif de chaleur inférieur à la moyenne des réseaux français. Les abonnés bénéficieront également d’une garantie d’un taux réduit de TVA dès la mise en service pour les ventes de chaleur.

Cette infrastructure permettra la création de douze emplois locaux dans la filière bois-énergie et de plusieurs autres dans la gestion et la maintenance du réseau de chaleur. Chaque année, 8 814 tonnes de CO2 seront évitées, soit l’équivalent de 4 500 voitures en circulation annuelle.

Objectif 2040 : couvrir 100 % de la consommation (1 000 GWh) avec des énergies renouvelables

Si le projet prévoit de développer fortement les énergies renouvelables, il prévoit également de réduire drastiquement la consommation énergétique, notamment grâce à la rénovation et l’isolation thermique des bâtiments publics et privés. La consommation devra baisser de 46 % par rapport à 2019.

Outre le bois-énergie, il est prévu de porter les efforts sur la méthanisation, le solaire photovoltaïque, le renouvellement et le développement des parcs éoliens.

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