Nommé ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires dans le gouvernement d’Élisabeth Borne en juillet 2022, Christophe Béchu, actuel maire d’Angers, a été le premier des ministres à affirmer que la France devait se préparer à un réchauffement de 4 degrés à la fin du siècle, une trajectoire consensuelle chez les scientifiques, et à présenter un Plan d’adaptation au changement climatique.
Après l’été caniculaire que viennent de vivre la France et l’Europe, quel regard portez-vous sur le changement climatique, vous qui avez en tant que ministre de la Transition écologique élaboré le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) n° 3 ?
Comprenez-vous les voix qui prônent l’adaptation au changement climatique au détriment de l’atténuation, qui vise à réduire nos émissions de GES ? Entre les deux, faut-il choisir ?
Les collectivités locales, le monde forestier et le monde agricole sont en première ligne pour affronter le changement climatique, tant pour l’atténuation que pour l’adaptation. Quelle doit être la solidarité nationale et quelles autonomies pour les actions locales, les solutions étant forcément variables suivant les localisations ?
Il est nécessaire que les communes aient une liberté d’action. Pour au moins deux raisons : il existe toujours des particularités locales et les territoires peuvent servir de laboratoire. À Angers, on finalise, par exemple, les critères d’une boucle d’eau tempérée puisée en profondeur, associée à des pompes à chaleur géothermiques, pour obtenir un refroidissement dans les bâtiments comparable à celui des climatiseurs, mais avec un bien meilleur bilan écologique. On a fait des premiers forages très prometteurs au printemps dans le quartier Saint-Serge, en bord de Maine. C’est à cet endroit aussi qu’on a pu mesurer l’efficacité des politiques de désimperméabilisation pour lutter contre une autre conséquence du dérèglement climatique : les crues hivernales, elles aussi de plus en plus intenses et fréquentes. On a construit cette opération d’urbanisme autour d’un parc inondable de 5 ha que nous avons créé. Il a pu absorber une partie du débordement d’eau de la rivière et limiter l’inondation du quartier. Je pense aussi au jumeau numérique qu’on a développé pour modéliser notre territoire. Cet outil permet de simuler la montée des eaux dans les rues, en fonction des prévisions de Vigicrues, pour anticiper les risques et les mesures à prendre. Les politiques locales, même à l’échelle d’un quartier, peuvent largement participer à la protection des citoyens.
Les Français devront-ils faire évoluer leur mode de vie, notamment dans l’alimentation ou les loisirs ?
Comment, selon vous, faire en sorte que la lutte contre le changement climatique soit portée comme un thème central de la prochaine élection présidentielle et des élections législatives qui suivront ?
La prise de conscience est désormais partagée. L’habitabilité de la planète va dépendre de notre capacité à baisser significativement nos émissions de gaz à effet de serre, en faisant en sorte que cet effort soit partagé par le plus grand nombre de pays. On doit en parallèle accélérer l’adaptation de nos logements, de nos écoles, de nos entreprises et c’est aussi du devoir de l’État que de protéger ses citoyens, en s’entourant d’experts pour prendre les bonnes décisions. À ce titre, l’offensive lancée contre l’Agence de la transition écologique (ADEME), dont le siège est à Angers, est un mauvais signal. Ce dont la France a besoin, c’est de constance pour avancer dans une direction, en maintenant les règles et en sanctuarisant les budgets.
