La Cour des comptes vient de publier son rapport annuel sur la transition écologique et ses conclusions, à rebours de la politique de l’actuel gouvernement, sont inquiétantes. “La transition écologique est profitable pour l’économie et cohérente avec les exigences de souveraineté mais ses résultats demeurent insuffisants”. Les explications à cette insuffisance sont multiples : une planification au niveau national, PPE, SNBC, qui reste très théorique et non pilotée, un SGPE (Secrétariat Général à la Planification Écologique) qui devrait être renforcé mais qui est, au contraire, affaibli, une inscription indispensable dans la durée qui est niée par la réalité de ces dernières années et les multiples tergiversations gouvernementales, une absence d’évaluation des outils mis en place qu’il s’agisse de réglementation, fiscalité ou subventions, et enfin, une territorialisation de la stratégie rendue inefficace par la multiplication des cadres de planification et de contractualisation. Bref, en termes diplomatiques, la Cour accuse le gouvernement de ne pas être à la hauteur des enjeux de la transition écologique et récuse par avance l’argument de la contrainte budgétaire. Elle considère que les coûts importants requis permettent d’éviter des coûts futurs bien supérieurs de réparation, d’adaptation et de reconstruction. Les canicules de l’été 2026, dont le coût est encore loin d’être mesuré mais atteindra certainement plusieurs dizaines de milliards d’€, l’ont malheureusement démontré par l’absurde. Cela n’empêche pas le gouvernement de sabrer dans les budgets de l’écologie au cours de l’exercice du Projet de Loi de Finances 2027. Les conseillers de Matignon et de l’Élysée lisent-ils les rapports de la Cour des comptes ? J’en doute sincèrement.

Ces résultats insuffisants sont confirmés par la dernière évaluation des émissions de CO2 par le CITEPA, l’organisme chargé par l’État de mesurer les émissions nationales de GES. Son dernier rapport porte sur le 1er semestre 2026 et projette les émissions attendues sur l’ensemble de l’année. Le CITEPA évalue à 4,1 % la diminution des émissions par rapport au premier semestre 2025, ce qui est en soi une bonne nouvelle. La ministre de l’écologie en a profité pour se féliciter des résultats de l’action du gouvernement. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, Mme Barbut ! La réalité est toute autre. Les secteurs qui ont bénéficié des plus fortes baisses sont le bâtiment et les réseaux de chaleur qui ont fait face à un climat très clément et, donc, à une réduction des dépenses de chauffage, et les transports où les prix des carburants, particulièrement le plus utilisé, le diesel, ont contraint les usagers, automobilistes, camionneurs ou agriculteurs, à une sobriété subie et très mal acceptée. Les projections du CITEPA pour l’année entière font atterrir la diminution des émissions à 2,8 % ce qui est largement insuffisant au regard des objectifs 2030 de la SNBC, qui sont situés entre 5 et 6 %.

Je m’en voudrais de déconnecter ces constats des graves mouvements sociaux que nous vivons depuis plusieurs semaines. Les lycéens n’ont plus confiance en l’avenir, notamment du fait de la dérive climatique. Ils ont, parmi leurs principales revendications, l’exigence de pouvoir étudier dans des locaux à une température supportable. Que fait le gouvernement ? Il réduit de 60 à 16 millions d’€ les budgets dédiés à l’adaptation des écoles aux prochaines canicules ! Il réduit de 30 % le budget de l’ADEME et cultive l’incertitude sur la rénovation énergétique des logements, secteur qui peut conjuguer atténuation des émissions et adaptation aux températures excessives. Il peine à publier un plan d’adaptation, pourtant promis par M. Lecornu à Mme Barbut ! Les agriculteurs sont aux abois après la sécheresse catastrophique de cet été et la ministre de l’agriculture leur promet des aides de court terme, 1,5 milliards d’€, bienvenues mais insuffisantes. Une réflexion sur le devenir de l’agriculture et de l’élevage ? Que nenni ! Ne remettons surtout pas en cause le modèle productiviste consommateur de ressources naturelles dont l’eau qui sera, à n’en pas douter, la grande question de ces prochaines années. Si le pays doit faire face à de nouvelles canicules en 2027, M. Macron ne sera plus là pour demander “qui aurait pu prédire ?”. Il préfère parcourir les pays pétroliers pour sécuriser nos approvisionnements en gaz et carburants aux prix de protections militaires certainement très coûteuses. Les scénarios d’électrification des usages qui nous auraient mis progressivement à l’abri de ces importations de plus en plus chères de combustibles fossiles émetteurs de GES datent de 2021. Pourquoi a-t-il fallu attendre fin 2026 pour annoncer un programme d’électrification ? Les conséquences de cette dépendance aux fossiles importés étaient largement prédites.

Tous ces constats, sur le climat et notre dépendance énergétique, nous montrent à quel point il est primordial que ces sujets fassent l’objet de débats approfondis et basés sur des faits scientifiques lors des élections présidentielles et législatives. Les échanges politiques actuels n’en prennent pas la direction. Aujourd’hui, le gouvernement et les candidats aux élections sont aux abonnés absents. À nous, citoyens, d’interpeller nos élus et candidats !