Conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient, le monde entier se retrouve confronté à une nouvelle crise énergétique et au ralentissement du commerce mondial qui impacte bien d’autres biens et équipements que l’énergie.
Combien de temps va durer cette crise ? Nul ne le sait, mais beaucoup d’experts s’accordent pour dire que, même si le conflit s’arrêtait rapidement, ce que l’on peut souhaiter en pensant à toutes les populations de cette région du globe, la reprise du trafic pétrolier et gazier aurait besoin de plusieurs mois, si ce n’est plus, avant de retrouver son rythme antérieur. Cette fois, le Président de la République n’a pas osé poser la question, comme il l’avait fait il y a peu à propos de changement climatique : “Qui aurait pu prévoir ?”.
Cela fait plusieurs décennies que le Moyen-Orient est une poudrière et que le Détroit d’Ormuz est un passage névralgique pour les produits pétroliers et surtout gaziers. En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine avait déjà remis, une nouvelle fois, en évidence notre dépendance aux énergies fossiles. En 4 ans, nos dirigeants politiques ont tout oublié ! Bien “aidés” par les partis politiques de droite et d’extrême-droite qui trouvaient qu’on “emmerdait” les Français avec notre “écologie punitive”. Aujourd’hui, c’est l’inaction gouvernementale qui se révèle punitive lorsqu’un automobiliste vient faire son plein d’essence ou de gazole. À l’automne prochain, ce sera le cas des ménages chauffés au fioul. Demain, cela sera le cas également pour les ménages chauffés au gaz quand l’inertie due aux tarifs réglementaires aura disparu, probablement l’hiver prochain.
Face à ce constat, la France n’a heureusement plus les moyens de bloquer les prix et de mettre en place des boucliers tarifaires comme en 2022. Ce fut une folie budgétaire : 72 milliards d’euros d’argent public en 2022-2023. Ce fut également une totale injustice sociale, les ménages aisés qui avaient les moyens de supporter ces hausses de prix en ont bénéficié deux fois plus que les ménages les moins favorisés et une immense incohérence vis-à-vis de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. La France a raté en 2022 l’opportunité de commencer enfin sa sortie des énergies fossiles. Avons-nous enfin compris ?
Comme le dit Paul Krugman, Prix Nobel de l’Économie en 2008, le vent et le soleil n’ont pas besoin de traverser le Détroit d’Ormuz. Nous disposons d’une électricité décarbonée à 95 % et surabondante, 100 TWh exportés en 2025 pour 450 TWh consommés en France. Les scénarios RTE Futurs Énergétiques 2050, parus en octobre 2021, recommandaient déjà d’électrifier les usages de l’énergie comme la mobilité, le chauffage des bâtiments ou la décarbonation de l’industrie.
En quatre ans et demi, qu’ont fait les gouvernements successifs ? Pratiquement rien ! Quelques programmes de soutien aux véhicules électriques, comme le leasing social, ou quelques dizaines de milliers de rénovations d’ampleur de logement, aussitôt arrêtés pour des raisons budgétaires dès que ces programmes commençaient à bien fonctionner. Leur impact budgétaire était pourtant bien moindre que le coût des boucliers énergétiques. Comment peut-on avoir une aussi courte vue ? Aujourd’hui, faire le plein d’un véhicule moyen alimenté au gazole coûte deux fois plus cher que la recharge d’un véhicule électrique équivalent. La comparaison sera bientôt la même pour le chauffage de logement au gaz par rapport à un logement isolé et alimenté par une pompe à chaleur. Devant cette situation, que faut-il faire ?
D’abord, il faut renforcer le Fonds Chaleur de l’ADEME qui a mis à l’abri de la volatilité des cours internationaux du gaz les millions de foyers desservis par les réseaux de chaleur alimentés en énergies renouvelables ou de récupération. Ces foyers bénéficient d’un prix de l’énergie compétitif et garanti sur plus de vingt ans. Ils n’ont pas besoin d’un coûteux bouclier tarifaire. La demande des collectivités pour bénéficier de ce fonds est deux fois supérieure aux disponibilités de l’ADEME.
Ensuite, lancer sans tarder un programme ambitieux d’électrification des usages comprenant un vrai soutien à la rénovation des bâtiments basée sur un équilibre rationnel entre isolation et installation de pompes à chaleur par des artisans compétents, et un soutien sans stop and go à la mobilité électrique. Le coût de l’électricité en France est quasi indépendant des cours du gaz. Les citoyens français ont plus de bon sens que leurs gouvernants : les ventes de véhicules électriques ont augmenté de 28 % en février et de 65 % sur les deux premières semaines de mars.
Nous ne rattraperons jamais le temps perdu depuis la publication du rapport de RTE. Les gouvernements successifs ont gaspillé l’argent public avec les boucliers tarifaires et celui d’aujourd’hui se trouve maintenant démuni face à la grogne des consommateurs, particuliers, entreprises ou collectivités. Les mesures que nous vous recommandons cochent toutes les cases : réduction des émissions de GES, atténuation du déficit commercial énergétique de la France – 60 milliards d’€ en moyenne –, et, surtout, préservation du pouvoir d’achat des citoyens, en particulier des plus vulnérables.
Si le gouvernement décidait malgré tout d’une intervention financière de l’État pour réduire la facture énergétique immédiate des consommateurs, qu’il ne reproduise pas les absurdes mesures de 2022. Qu’il aide les consommateurs les plus vulnérables et qu’il conditionne ses autres soutiens à des actions en faveur de l’électrification des usages. Et quand le moment sera venu, qu’il n’oublie pas de rétablir au moins un équilibre entre la fiscalité de l’électricité et celle du gaz.
Nos politiques nationaux ont inventé l’inaction punitive, qu’ils passent maintenant à l’action productive !
