Lors de la campagne présidentielle de 2022, le Président-Candidat Emmanuel Macron avait déclaré que son nouveau mandat serait écologiste ou ne serait pas. Quatre ans plus tard, le constat est cruel : il n’a pas été !

La politique climatique française ne cesse de se dégrader, de même que la politique de préservation de la biodiversité. C’est ce qui apparaît clairement dans les chiffres que publie annuellement le CITEPA, même si les chiffres récents sont un peu moins alarmants que ceux de la première estimation du début d’année. Jusqu’en 2023, la réduction des émissions de GES sur le territoire national était conforme à la trajectoire établie dans la Stratégie Nationale Bas Carbone 2 (SNBC) mais, pour 2024 et 2025, le rythme de réduction ralentit drastiquement, ce qui écarte la France de la trajectoire proposée dans le projet de SNBC 3. Notons au passage que cette SNBC 3 aurait dû être publiée en 2024 et ne l’est toujours pas en 2026, ce qui témoigne du peu de motivation des gouvernements successifs à l’égard du changement climatique.

Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) a, quant à lui, publié son avis sur ce projet de SNBC 3. S’il salue le niveau des ambitions affichées, le HCC met en doute la crédibilité de l’accélération de la réduction des émissions après deux années de faible baisse. Le diagnostic est on ne peut plus clair : la France est championne du monde des objectifs mais ne se donne pas les moyens de les atteindre. Les multiples stops and go de la politique de rénovation des bâtiments en sont la plus belle illustration. Il en est de même pour le développement des énergies renouvelables et de l’électrification des usages de l’énergie. Recommandée en octobre 2021 par le rapport de RTE, Futurs énergétiques 2050, il a fallu attendre la crise énergétique provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz pour qu’Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu se décident à lancer un grand Plan d’électrification en juin 2026. L’État sera-t-il cette fois capable de se donner les moyens financiers et humains pour atteindre les objectifs ambitieux de ce plan ?

Si l’évaluation de la politique climatique de ce dernier quinquennat est pour le moins négative, que faut-il attendre de la période 2027-2032 et, dans un premier temps, du débat présidentiel ? De nombreuses personnalités politiques plus ou moins connues ont déjà fait connaître leurs intentions d’être candidats, mais peu ont manifesté leur volonté de porter une politique environnementale volontariste. LFI est aujourd’hui le parti politique qui a le programme le plus abouti, avec en mesures 12 et 13, la “bifurcation écologique”. Raphaël Glucksmann promet une République écologique. Le think thank Terra Nova a auditionné 6 candidats putatifs de la gauche non mélenchoniste. Si tous convergent en faveur de la décarbonation de l’économie, ils confondent généralement énergie et électricité. R. Glucksmann avait la démarche la mieux structurée et la plus complète. Édouard Philippe plaide pour un développement équilibré du nucléaire et des renouvelables mais oublie que l’énergie, c’est bien plus que l’électricité. Le site du RN ne présente à ce jour aucun programme si ce n’est les 22 mesures de Marine Le Pen en 2022 qui, à aucun moment, n’évoquent la question climatique. Cependant, deux députés RN, Amblard et Tanguy, préparent une proposition de loi, qui a peu de chances d’être examinée mais ressemble fort à une brique programmatique pour la campagne présidentielle : moratoire sur l’éolien et le photovoltaïque et abandon du marché européen de l’électricité notamment. Tous les autres possibles candidats sont d’une remarquable discrétion sur la question de l’environnement, y compris les écologistes. Et, pourtant, l’actualité offre de criantes opportunités de débats avec toutes les manifestations évidentes du changement climatique, notamment les vagues de chaleur successives ou la crise énergétique actuelle qui met en évidence notre immense dépendance à l’importation de combustibles fossiles venant de pays qui ne sont pas nos amis.

La première question qui devrait émerger, c’est la place que doit occuper la politique climatique et énergétique dans l’ensemble des thèmes politiques. Peut-on aujourd’hui parler d’emploi, d’éducation nationale, d’agriculture et de forêt, d’industrie ou de politique étrangère sans le faire avec le prisme du changement climatique ? Est-ce un sujet parmi les autres ou faut-il tous les analyser à l’aune du changement climatique ?

Autre grande question : comment passe-t-on des grands objectifs et documents stratégiques, SNBC, PPE ou PNACC, à la mise en œuvre concrète avec les moyens humains et financiers, publics et privés qui sont nécessaires ?

Il nous reste 9 mois pour préparer un grand débat sur la place publique. Mais faisons-le sur la base d’argumentaires étayés, sur des données validées et sur les différentes analyses d’organismes dont c’est la vocation : RTE, ADEME, Shift Project, Négawatt, Haut Conseil pour le Climat, Secrétariat à la planification écologique…

Évitons les anathèmes idéologiques comme ceux qui sont invoqués par le RN. Je n’ai pas l’habitude de prendre parti pour l’un ou l’autre courant politique, mais s’il y a bien une conclusion que je peux tirer du tour d’horizon, c’est l’impératif besoin pour notre nation d’éviter l’accès au pouvoir d’un parti climato-sceptique.