Cela fait maintenant plus de quarante ans que les scientifiques, nombre d’institutions nationales et internationales, associations ont prévenu et alerté. Les plus éminents climatologues français ont procédé à des séminaires de formation au changement climatique auxquels le Président de la République a lui-même participé. Le Haut Conseil pour le Climat constate chaque année notre retard par rapport à nos objectifs de réduction d’émissions de GES. Le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) est un excellent document stratégique mais un catalogue de bonnes intentions dépourvu de tout moyen financier. Quarante ans d’irresponsabilité ! En 2026, vous découvrez les impacts sur notre territoire du dérèglement climatique. Les quelques parlementaires ou membres des gouvernements de ces 20 dernières années qui ont plaidé et agi en faveur d’une action forte pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique n’ont jamais été écoutés.
Vous êtes responsables des catastrophes que nous constatons cet été et qui se renouvelleront les prochaines années, avec probablement plus d’intensité. Je n’ose plus citer de chiffres sur ces drames et impacts car ils changent tous les jours et seront obsolètes le jour de la parution de cet éditorial. Beaucoup de politiques et de journalistes se sont émus des premiers constats mais sans s’exprimer sur les causes. Vous n’êtes pas insensibles aux milliers de morts suite aux premières canicules, à la sécheresse ou aux feux de forêts, mais que proposez-vous ? Un grand programme de diffusion de climatiseurs et de nouvelles bassines de privatisation de l’eau souterraine, pourtant propriété collective ? Face à une profonde maladie de notre société, vous voulez traiter quelques symptômes sans vous attaquer aux racines du mal. C’est comme si vous proposiez du paracétamol pour vaincre le virus Ebola ! Mme Le Pen et M. Duplomb ont-ils conscience du ridicule de leurs propositions face à l’ampleur du problème ?
En juin dernier j’appelais à un vrai débat de fond dans le cadre des campagnes présidentielle et législative. Nous n’en prenons pas le chemin. Et pourtant la voie est connue depuis longtemps. Commençons par ne plus opposer atténuation et adaptation ! Chaque dixième de degré en moins rendra l’adaptation moins difficile. Le PNACC doit être mis en œuvre avec les moyens adaptés, y compris financiers, de la part de l’État. Parallèlement, les différentes stratégies élaborées par l’État, SNBC, PPE, Plan d’Électrification, doivent enfin être exécutées sans tergiverser. Nous savons comment produire de l’acier et du ciment en émettant beaucoup moins de gaz à effet de serre. Nous savons faire rouler nos moyens de transport terrestre à l’électricité. Nous savons produire de l’électricité bas-carbone à partir de l’énergie nucléaire et d’énergies renouvelables. Nous savons fabriquer des engrais sans gaz naturel et faire fonctionner tracteurs et moissonneuses au biométhane ou à l’électricité. Nous savons alimenter nos bâtiments à l’électricité pour les chauffer ou les rafraîchir. Le seul obstacle est politique, c’est vous ! Il faut savoir consacrer une indispensable part publique à l’investissement dans la transition écologique. Or, de l’argent, la France n’en manque pas ! C’est une question de choix dans nos priorités budgétaires. Le changement climatique est-il un danger réel et immédiat ? Si oui, faisons les choix politiques cohérents avec ce constat, au niveau Français comme Européen. Agir pour le climat propose l’affectation des ressources issues des énergies fossiles, comme la contribution Climat Énergie ou les recettes du système d’échange de quotas carbone européens (ETS) à 100 % sur la transformation écologique.
Les candidats aux prochaines élections auront-ils le courage et la lucidité de poser ces questions et, surtout, de proposer des réponses ?
Mesdames et Messieurs les candidats, ouvrez les yeux et répondez aux citoyens qui souffrent et qui s’inquiètent. Ils ont besoin d’une vision de court et long terme pour sortir de cette crise climatique. Ils ont aussi besoin de disposer d’outils pour agir. Nos bulletins n’iront pas chez les obscurantistes du climat !
