On pouvait espérer que cet été 2026 serve de révélateur aux derniers climatosceptiques français ou européens, mais surtout que les partis politiques mettent enfin le sujet du changement climatique au sommet de la pile et dans chaque décision prise par l’État. Plus de 8 000 personnes sont mortes cet été à cause des vagues de chaleur selon le dernier bilan de Santé publique France, et 120 000 hectares (1 200 km2) de forêts sont partis en fumée (soit l’équivalent de la superficie du département du Val-d’Oise, en région parisienne).
Dans le secteur de l’agriculture, nous ne mesurons pas encore, à leur juste valeur, les conséquences de cet été sur les productions agricoles dont nous savons qu’elles seront dramatiques, tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs.
Si plus aucun Parti n’ose plus s’affirmer climatosceptique, y compris le RN, les réponses politiques et institutionnelles sont d’un niveau affligeant. Les premiers débats organisés en vue de la présidentielle, comme celui du MEDEF, ont rapidement évacué la question du climat, et il est à craindre que le débat politique se concentre sur les questions traditionnelles comme le pouvoir d’achat, l’immigration, la réforme des retraites, la réforme de l’école, la réduction du déficit budgétaire de l’État entre autres. Ces politiques sectorielles sont évidemment importantes mais ne peuvent être abordées que dans la perspective du changement climatique.
Est-il encore possible de réfléchir à l’emploi, à l’économie, à l’agriculture, à l’industrie et, bien entendu, à l’énergie, pour ne citer qu’eux, sans les situer dans les évolutions attendues du climat ? Celui-ci ne peut plus être une politique sectorielle comme une autre confrontée aux arbitrages perpétuels entre les différents ministères. L’exemple le plus parlant est celui du pouvoir d’achat qui est placé en tête de liste par la quasi-totalité des partis politiques : sa réduction est inéluctable en l’absence d’une politique climatique ambitieuse tant pour l’atténuation, la réduction des émissions, que pour l’adaptation à un changement devenu réalité. N’opposons surtout pas atténuation et adaptation car toute réduction de l’augmentation de la température rendra l’adaptation plus aisée à concrétiser.
Si certains partis, à gauche ou dans le “bloc central”, s’accordent à dire qu’il faut mettre en place une politique climatique volontariste, aucun ne va jusqu’à placer le climat comme la priorité qui doit primer sur tous les autres thèmes ou, au moins, être intégré à tous les autres thèmes. On relève même des incohérences dans certains programmes qui veulent une politique climatique mais proposent de plafonner les prix des combustibles fossiles, pétrole ou gaz, ce qui revient à subventionner les États pétroliers ou gaziers.
C’est pourquoi Agir pour le climat recommande d’examiner la cohérence des programmes proposés par les différents candidats. Nous ne vous dirons jamais pour qui voter. En revanche, nous sommes prêts à vous dire pour qui ne pas voter. M. Retailleau (LR) a publié une tribune grotesque dans la Tribune Dimanche cet été, qui est une copie conforme du programme climatique du RN. Ces deux partis s’en remettent pour l’essentiel à une relance du nucléaire qui arrivera à l’horizon 2040 et dont le coût pour les finances publiques mériterait un large débat. Outre cette relance, ils s’accordent sur un grand programme de climatisation et sur le stockage de l’eau d’irrigation dans des mégabassines. Sans remettre en cause a priori ces options technologiques, nous pensons qu’elles doivent être intégrées dans une politique beaucoup plus globale, composée de sobriété avec évolution des modèles de consommation, notamment alimentaire, d’efficacité énergétique, d’électrification des usages, bâtiment, transport, industrie et agriculture, et d’accélération du déploiement des énergies renouvelables, électriques ou non. Une politique climatique doit aussi viser à être socialement juste et à portée des populations les moins favorisées. Ne revenons pas aux boucliers tarifaires qui ont coûté un “pognon de dingue” et ont profité avant tout aux plus riches. Dans les incongruités relevées cet été, il faut noter le mépris affiché par le Président de la République qui a préféré faire du jet-ski plutôt que de venir soutenir les pompiers qui tentaient de contenir tant bien que mal les incendies de forêts. Son Premier ministre vient d’ajouter son grain de sel en diminuant de 40 millions d’euros le budget consacré à l’adaptation des écoles aux possibles canicules de l’été prochain et en proposant dans son projet de budget 2027 une diminution de 30 % du budget de l’ADEME avec, en particulier, 300 millions de moins pour le Fonds Chaleur, qui est évalué par la Cour des comptes comme un outil particulièrement performant dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour la souveraineté énergétique. Cette mesure plaira certainement au couple RN/LR, certainement moins aux collectivités locales qui ont mis en œuvre des politiques de transition écologique profitables pour les territoires. M. Lecornu, après avoir douté de la parole des scientifiques comme la quasi-totalité de la classe politique nationale depuis 40 ans, a-t-il perçu les canicules et la sécheresse de cet été ? S’est-il enfermé dans un espace climatisé sans aucun média qui aurait pu l’informer sur ce que les Français ont subi ? Une nouvelle forme de politique hors sol ? Les candidats à la Présidentielle issus du macronisme vont avoir du mal à asseoir leur crédibilité sur la question climatique.
Agir pour le climat se joindra dans les mois qui viennent aux nombreuses initiatives qui tenteront de mettre le climat au cœur du débat électoral, présidentielle comme législatives. Nous analyserons régulièrement les différentes prises de position des nombreux candidats sur la transition énergétique et écologique. Rien n’est joué à ce jour et, c’est à nous, citoyens, d’imposer le climat comme prioritaire. N’hésitez pas à utiliser notre lettre d’information pour porter le débat à tous les niveaux et essayons d’éviter l’arrivée au pouvoir des partis de la régression écologique !
