Comme le rapporte l’économiste de climat, Christian de Perthuis, sur les trente dernières années (1996-2025), la température a augmenté de 0,56 °C par décennie en Europe. C’est deux fois plus rapide que le réchauffement de la surface du globe (+0,26 °C par décennie).
La réalité est que le réchauffement, en phase avec les prévisions du GIEC d’il y a trente ans, n’est pas le même à la surface des océans qu’à la surface des continents. Il apparaît à ce jour que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite. Bien sûr, ce réchauffement n’est pas dû aux seules émissions européennes, mais à tous les gaz à effet de serre émis dans le monde qui se mélangent dans l’atmosphère. Vous pourrez retrouver ces constats sur le site de l’observatoire européen Copernicus.
L’année 2026 s’annonce extrême. Entre janvier et avril, 150 millions d’hectares de forêts ont déjà brûlé dans le monde, soit 50 % de plus que la moyenne de ces dernières années. En France, février et avril ont été exceptionnellement chauds après un hiver marqué par une succession de tempêtes, de crues et de précipitations majeures. De nombreux scientifiques, ainsi que l’Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM), nous alertent sur un réchauffement accru en 2026 et, plus encore, en 2027.
Les émissions françaises de GES sont une fois de plus en 2025 en diminution insuffisante au regard des objectifs définis par la SNBC, avec un rythme de -1,5 % au lieu de -5 %, selon le CITEPA, l’organisme chargé d’estimer les émissions nationales. Ce ralentissement a débuté en 2024 et confirme que la politique climatique n’est plus une priorité pour l’État.
En bonne logique, le gouvernement devrait, au vu de ces résultats et des signaux envoyés par la communauté scientifique, prendre des mesures fortes pour accélérer la lutte contre le dérèglement climatique tant au niveau national qu’européen. Hélas, il semble vouloir faire le contraire en orchestrant le démantèlement de l’ADEME, le principal opérateur public de la transition écologique au niveau national. Il faut absolument le dissuader de se priver, sous la pression des partis politiques climato-sceptiques, de cet organisme si performant comme le démontrent les différentes évaluations menées par la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances. Souhaitons qu’il revienne à la raison.
Face à la crise énergétique provoquée par la guerre du Moyen-Orient, le gouvernement vient d’annoncer un grand plan d’électrification des usages de l’énergie. L’ADEME devrait en être l’un des principaux artisans. Elle serait, en principe, opérateur ou en soutien de 9 des 22 mesures prévues par le plan d’électrification gouvernemental, notamment celles qui ont vocation à être déployées dans les territoires. Comment pourrait-elle remplir cette mission si elle est amputée de ses directions régionales ? Ce plan d’électrification peut être une magnifique opportunité. Il ne doit pas faire oublier pour autant les autres enjeux que sont, outre la souveraineté énergétique, le climat et la précarité énergétique. Les éléments de sobriété, qu’il ne fait pas associer à la décroissance, et d’efficacité énergétique ne doivent pas être occultés. Pour donner un exemple, installer une pompe à chaleur sur une passoire énergétique réduirait, certes, les émissions de CO2 du logement, mais pas ou peu la facture énergétique du bâtiment. Il en résulterait une forte insatisfaction des occupants et le risque d’un rejet populaire de la transition énergétique. Ce plan doit aussi, comme je l’ai rappelé en avril, être piloté en s’appuyant sur le savoir-faire du principal opérateur qu’est l’ADEME, cette dernière possédant expérience et savoir-faire en matière technique et économique mais aussi en ingénierie territoriale.
Le gouvernement a communiqué sur son programme d’électrification. Il faut maintenant passer aux actes de façon rationnelle, dans tous les secteurs et tous les territoires, en activant l’ensemble des leviers et des savoir-faire !
