Comment faire des énergies renouvelables le pilier d’un réseau électrique stable et résilient ? Bruno Bensasson, Directeur Général du producteur français Akuo, voit dans les territoires insulaires le laboratoire idéal de cette transition. Dans cet entretien, il explique comment son entreprise combine solaire, éolien et stockage par batteries pour vaincre l’intermittence et rendre l’énergie verte plus pilotable à l’échelle du pays.
Pour commencer, pourriez-vous présenter votre entreprise, Akuo ? Que représente le groupe aujourd’hui en termes de taille, de présence internationale et de mix énergétique ?
Akuo est un producteur français d’électricité renouvelable. Créé en 2007, présent dans une douzaine de pays en Europe et en Amérique, le Groupe intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur : du développement des projets à leur financement, leur construction, puis leur exploitation et leur maintenance.
À fin 2025, Akuo dispose d’une capacité électrique de 2,1 GW en exploitation et en construction, complétée par plus de 440 MWh de capacités de stockage, et d’un portefeuille de projets en développement de 10 GW. Le Groupe s’appuie sur plus de 450 collaborateurs, avec un siège basé à Paris, et développe des projets dans plus d’une dizaine de pays.
Le mix énergétique d’Akuo repose sur une diversité technologique : solaire, éolien et stockage par batteries. Cette approche multi-énergies permet de répondre aux spécificités locales des ressources, des réseaux et des usages, tout en renforçant la résilience des systèmes électriques.
Pour pallier l’intermittence des renouvelables, encore plus problématique dans les îles comme La Réunion, Akuo a couplé ses centrales de production à des batteries pour stabiliser ces réseaux. Ce modèle insulaire est-il le laboratoire du futur pour la France entière ? Comptez-vous généraliser le stockage pour rendre l’énergie verte aussi fiable et “pilotable” qu’une centrale conventionnelle ?
Les territoires insulaires, comme La Réunion, constituent de véritables laboratoires pour les systèmes électriques de demain. Dans ces zones non interconnectées, l’intermittence des énergies renouvelables pose des défis aigus en matière de stabilité et de sécurité d’approvisionnement. C’est dans ce contexte qu’Akuo a très tôt fait le choix de coupler ses centrales de production renouvelable à des solutions de stockage par batteries.
Le stockage permet de lisser la production, d’absorber les variations de l’offre et de la demande, et de restituer l’énergie au moment le plus utile. Concrètement, il transforme une production intermittente en une énergie plus prévisible, plus stable et plus pilotable, contribuant ainsi à réduire le recours aux énergies fossiles de secours. À La Réunion, en Martinique ou en Corse, ces solutions ont démontré que les batteries facilitent l’intégration des renouvelables et de construire des systèmes décarbonés, fiables et compétitifs.
Ce modèle insulaire illustre une évolution des systèmes électriques observée dans de nombreux pays : un mix de solutions décarbonées est aujourd’hui plus économique que des fossiles pour produire de l’électricité. Akuo est convaincu que le déploiement des batteries est une condition clé pour accompagner la croissance des renouvelables. Le Groupe ambitionne de généraliser le stockage, dûment dimensionné, afin de faire de l’énergie verte une énergie pleinement pilotable, et de miser également sur la complémentarité entre énergie éolienne et énergie solaire.
Dans votre dernier ouvrage, L’économie n’est pas qu’une affaire d’argent (Presse des Mines, 2023), vous faites une introduction aux concepts clés de l’économie. Selon vous, quelles politiques publiques pourraient être mises en place en priorité par le gouvernement afin de valoriser le carbone ?
J’ai écrit ce livre comme citoyen pour faire mieux comprendre et aimer l’économie, comme objet et science sociale, il n’engage pas Akuo. Le climat y apparaît comme un bien commun dont la préservation nécessite une action publique : les agents privés ont un rôle clé à jouer mais le marché livré à lui-même n’a aucune raison de limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Cette action publique peut prendre trois formes :
• la subvention, qui est populaire mais pèse sur le budget public,
• la norme, qui paraît juste car elle s’impose à tous mais peut être coûteuse,
• les taxes ou quotas carbone, qui envoient de bons signaux économiques mais soulèvent des sujets d’acceptabilité.
C’est aux autorités de choisir et de rendre justes et acceptés les efforts requis.
La majorité des économistes dirait qu’un marché de quotas est le plus efficace car il permet de traduire en termes économiques la limite d’émissions qu’appelle la préservation de climat et car, quitte à avoir des impôts, il vaut mieux taxer des pollutions que taxer le travail ou l’investissement, qu’on veut encourager.
L’Union européenne a été pionnière en créant dès 2005 un marché du carbone, qui s’applique aux grands émetteurs. Un prix de 70 €/tCO2 est un bon début pour infléchir l’offre mais aussi la demande, toute aussi importante. Son extension prévue en 2028 aux émissions du transport et du bâtiment sera décisive pour atteindre les objectifs fixés.
