Alors que le marché français de l’électricité traverse une zone de turbulences, Enercoop fête ses 20 ans. Béatrice Delpech, directrice générale adjointe de cette coopérative citoyenne 100 % renouvelable, revient sur le modèle, la récente levée de fonds de 9 millions d’euros et l’avenir des EnR.
Enercoop vient de fêter ses 20 ans. Pouvez-vous nous résumer son histoire, l’évolution de ses métiers et ce qui distingue Enercoop des autres fournisseurs d’électricité. Quelle est votre place dans le marché de l’électricité en 2026 ?
- l’énergie est un bien commun qu’il faut préserver des intérêts particuliers,
- il faut permettre aux citoyens de reprendre un pouvoir dont ils ont été dépossédés par une gestion centralisée et opaque de l’énergie en France,
- il existe une alternative bien plus désirable que le futur tout nucléaire, celui qui s’inscrit dans les pas du scénario dessiné par l’association négaWatt sur trois piliers indissociables : sobriété, efficacité énergétique et renouvelables.
- fournir une électricité 100 % renouvelable à 113 000 clients, en se fournissant auprès d’un réseau de plus de 500 producteurs établis en France à qui on achète les électrons et les garanties d’origine associées, dans une logique de circuit court de l’électricité,
- accompagner particuliers, professionnels et collectivités dans la maîtrise de leurs usages, du suivi de leur consommation jusqu’à l’accompagnement de leurs projets par nos bureaux d’étude thermique et photovoltaïque,
- produire une énergie renouvelable essentiellement photovoltaïque et éolienne, le plus souvent possible dans une logique de gouvernance citoyenne.
Quelles sont vos coopérations avec les nombreuses initiatives citoyennes qui émergent de plus en plus sur le terrain malgré la désinformation systématique de certains médias et politiques sur les EnR ? Vous venez de réussir une levée de fonds de plus de 9 millions d’euros. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce succès et l’utilisation qui sera faite de ces fonds ?
Enercoop est très engagée pour l’énergie citoyenne, ces projets qui permettent d’associer à la gouvernance toutes les parties prenantes : la collectivité, ses résidents, les entreprises qui y sont implantées, les associations qui s’y engagent pour leur permettre de créer ensemble un projet commun qui réponde à leurs besoins et dont elles verront les retombées économiques et sociales. Deux tiers des sites auprès desquels nous nous fournissons sont ainsi à gouvernance locale, qu’ils appartiennent à des collectivités ou à des collectifs citoyens et nous privilégions le plus souvent possible cette organisation dans nos propres projets de production. C’est assez cohérent pour une société coopérative d’intérêt collectif qui repose précisément sur cette logique et c’est en soi un formidable outil de démocratie locale et d’éducation populaire, justement pour détricoter les infox et préjugés. On sent d’ailleurs que ça rencontre un intérêt certain, et le succès de notre levée de fonds en est l’une des manifestations. Nous proposons une alternative inédite : une électricité renouvelable, dans un projet qui n’appartient à aucun groupe industriel, ne rémunère aucun actionnaire, ne peut être racheté par personne et qui a comme levier central le partage des richesses plutôt que la recherche du profit. Comment résister à une telle proposition ? Les sommes levées sont destinées à développer les projets de production en propre et, pour la coopérative nationale qui assure la fonction de fourniture d’électricité, à renforcer les capacités bancaires et investir dans le numérique pour améliorer l’expérience utilisateur des clients sur notre site.
Le marché de l’électricité est très perturbé en France par les prix de marché de gros qui sont à un niveau historiquement bas et par l’émergence de plus en plus forte sur ce marché de prix négatifs. Comment Enercoop s’adapte-t-elle à ce contexte ? La crise énergétique due à la guerre au Moyen-Orient ouvre-t-elle de nouvelles perspectives pour les énergies renouvelables et l’électrification des usages de l’énergie ?
Nous sommes depuis quelque temps agrégateur et la première chose que nous faisons face à cette situation de prix fréquemment négatifs, c’est de proposer des outils de pilotage aux producteurs d’EnR pour leur permettre d’arrêter leurs centrales pendant ces épisodes et compenser partiellement leur manque à gagner. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des renouvelables, d’être agiles et de pouvoir s’arrêter de produire assez rapidement… En tant que fournisseur, nous proposons des offres flex, avec des heures creuses pendant les périodes de prix bas pour alléger la facture de nos clients certes, mais bien au-delà, favoriser des comportements de consommation plus responsables. Quant à la crise due à la situation géopolitique, elle vient faire la démonstration éclatante que, contrairement à ce que clament leurs détracteurs, nous sommes loin d’avoir trop de renouvelables dans le mix énergétique français. Il est urgent d’électriser toutes les consommations aujourd’hui non couvertes par la production renouvelable pour renforcer la souveraineté énergétique. Il ne s’agit pas de consommer plus, mais de consommer renouvelable !
