Préconisée par RTE dans son rapport Futurs énergétiques 2050 publié à partir d’octobre 2021 et confirmée par la PPE 3 publiée le 13 février 2026, l’électrification de l’économie française fait désormais l’objet d’un plan “pour une énergie moins chère, plus souveraine et plus durable”, présenté le 23 avril 2026 par le gouvernement.

Malgré son caractère tardif, saluons cette initiative dont la logique est évidente. L’électricité française est aujourd’hui l’une des plus compétitives d’Europe, largement décarbonée – à plus de 95 % – grâce à un parc nucléaire redevenu performant et au développement des énergies renouvelables électriques (hydroélectricité, éolien terrestre et maritime, solaire photovoltaïque). La France a, par ailleurs, retrouvé un solde exportateur d’électricité très significatif.

Dans le même temps, notre économie reste encore fortement dépendante des énergies fossiles, qui représentent environ 57 % de la consommation finale d’énergie, en particulier dans les transports, le bâtiment, l’industrie et l’agriculture. Or, une large part de ces usages peut être électrifiée de manière économiquement pertinente. Le plan vise précisément à organiser cette bascule.

Il  répond également à un impératif de souveraineté et de pouvoir d’achat, dans un contexte durablement marqué par la volatilité des prix du gaz et du pétrole. Même si ce n’est pas son unique objectif, sa mise en œuvre contribuera de manière significative à la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du territoire.

Dans ce contexte, et au nom d’Agir pour le climat, qui travaille depuis de nombreuses années sur ces enjeux, nous formulons plusieurs recommandations pour assurer la réussite de ce plan.

Clarifier la gouvernance et le pilotage

Le plan est ambitieux et transversal : il mobilise plusieurs ministères, de nombreux secteurs économiques et différents instruments de financement (certificats d’économie d’énergie, crédits budgétaires, financements européens, recettes issues du carbone – ETS et mécanisme d’ajustement carbone aux frontières). La question du pilotage est donc centrale : qui coordonne ? Qui arbitre ? Qui suit l’exécution ? Nous recommandons la mise en place d’un pilotage interministériel clair, sous l’autorité du Premier ministre, par exemple à travers un délégué interministériel à l’électrification, s’appuyant sur les opérateurs existants (ADEME, RTE, CRE, Banque des territoires). L’enjeu n’est pas d’empiler les structures, mais d’assurer une cohérence d’ensemble et un suivi rigoureux des financements et des résultats.

Donner de la visibilité sur le prix de l’électricité

La compétitivité de l’électricité est aujourd’hui un atout majeur. Mais les décisions d’investissement des ménages et des entreprises (pompes à chaleur, véhicules électriques, procédés industriels) s’inscrivent dans le temps long, souvent sur 10 à 20 ans.

La question du prix futur de l’électricité est donc déterminante.

Le renforcement du parc nucléaire – prolongation du parc existant et développement des réacteurs EPR2 – constitue un levier important de stabilité. Toutefois, son impact sur les prix reste aujourd’hui incertain, notamment dans le cadre des discussions en cours avec la Commission européenne sur les modalités de financement.

La France a notifié à la Commission européenne, le 13 novembre 2025, un dispositif d’aide d’État structurant pour le programme EPR2, reposant notamment sur un prêt public couvrant jusqu’à 60 % des coûts d’investissement (environ 72 milliards d’euros) et sur un mécanisme de contrat pour différence garantissant des revenus sur le long terme. Ce schéma, actuellement examiné par la Commission dans le cadre d’une procédure approfondie, constitue un élément central de la trajectoire de coût de l’électricité à horizon 2035–2050.

Nous recommandons une trajectoire de prix lisible et crédible, condition essentielle de la confiance des acteurs économiques.

Ne pas opposer électrification, sobriété et efficacité énergétique

L’électrification ne peut réussir que si elle s’inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise de la demande énergétique.

Prenons un exemple concret : installer une pompe à chaleur dans un logement mal isolé réduit les émissions, mais peut conduire à une facture énergétique élevée pour l’occupant. Cela pose un problème d’acceptabilité sociale, en particulier pour les ménages modestes.

Il est donc indispensable de renforcer simultanément la sobriété et l’efficacité énergétique, notamment dans le bâtiment, afin d’éviter des effets contre-productifs.

Rééquilibrer la fiscalité entre électricité et énergies fossiles

La structure actuelle des accises énergétiques, définie dans le cadre du Code des impositions sur les biens et services (CIBS), demeure en décalage avec les objectifs d’électrification des usages et de décarbonation de l’économie.

En 2026, les niveaux d’accise applicables en France s’établissent, à titre indicatif :

  • pour l’électricité (accise ex-TICFE) : entre 26,5 et 30,9 €/MWh selon les catégories de consommateurs,
  • pour le gaz naturel (accise ex-TICGN) : 16,39 €/MWh au taux normal. 

Il en résulte que l’électricité, pourtant majoritairement décarbonée, supporte un niveau d’accise environ 1,7 à 2 fois supérieur à celui du gaz naturel, énergie fossile.

Certes, des dispositifs de taux réduits existent pour certains usages industriels, tant pour l’électricité que pour le gaz. Toutefois, ces mécanismes dérogatoires ne remettent pas en cause la structure générale des signaux-prix.

Cette situation introduit une incohérence économique : elle renchérit relativement le vecteur énergétique le plus décarboné, au moment même où les politiques publiques visent à accélérer l’électrification des usages finaux (chauffage, mobilité, procédés industriels).

Dans ce contexte, un rééquilibrage progressif de la fiscalité énergétique, consistant à réduire l’écart d’accise entre électricité et énergies fossiles, apparaît nécessaire pour assurer la cohérence d’ensemble des politiques climatiques et énergétiques.

Pour conclure

Ce plan a le mérite d’exister et constitue une base solide pour accélérer la transition énergétique française. Il ne saurait toutefois se substituer à une stratégie globale de décarbonation et de réindustrialisation. Sa réussite dépendra de la qualité de sa mise en œuvre : clarté du pilotage, crédibilité économique, acceptabilité sociale et cohérence des politiques publiques. Dans un contexte politique incertain à l’horizon 2027, il est essentiel que cette dynamique soit consolidée et inscrite dans la durée.